Présentation

En cette année 2016, rimant avec son 40e anniversaire, La Bressola, écoles immersives catalanes à Catalunya nord organise, en partenariat avec le CFPC (Centre de Formació Professional Català), le VI Colloque de l’ISLRF «Plus de 40 ans d’immersion», les 18 et 19 mars 2016 au Palais des Congrès de Perpinyà.

L’ISLRF, Institut Supérieur des Langues de la République Française, forme des enseignants capables de conduire un enseignement en immersion en langue régionale afin d’accompagner toute une population scolaire vers une véritable compétence linguistique active, tout en leur apportant les compétences prévues par le Code de l’éducation.

L’ISLRF, créé en 1997 associe 5 fédérations d’écoles immersives ; Seaska (Iparralde), Calandreta (Occitània), Diwan (Bretanya), ABCM Zweisprachigkeit (Alsàcia) et La Bressola (Catalunya Nord).

Depuis 2003, chaque réseau organise et accueille tour à tour ce colloque scientifique à caractère biennal. Un lieu de rencontre et d’échange nécessaire pour l’évolution de la recherche et la divulgation des avancées réalisées et en cours.

La Bressola, organisatrice pour la deuxième fois, souhaite étendre ce rendez-vous aux enseignants, chercheurs, parents d’élèves et public sensible à la recherche sur l’enseignement des langues en situation de plurilinguisme, de bilinguisme précoce et plus particulièrement en situation d’immersion linguistique.
Durant ces deux journées seront présentées plusieurs communications scientifiques et études réalisées dans le cadre universitaire sur les Méthodes, pratiques et raisons du bilinguisme par immersion et seront également mis à l’honneur des travaux et expériences réalisés depuis les écoles.

Par exemple, le master d’enseignement qui durant 4 ans a fonctionné avec une convention entre l’ISLRF et l’Université de Perpinyà (UPVD), a donné fruit à de nombreux mémoires de recherches de grande qualité et de grand intérêt, puisqu’il s’agit de recherches réalisées au cœur des centres éducatifs, basées sur une réalité immédiate.

Publicités

Qu’est-ce que l’ISLRF ?

I.S.L.R.F, centre de RESSOURCE,
lieu de RECHERCHE et
organisateur de COLLOQUES au sujet de l’immersion linguistique

L’Institut Supérieur des Langues de la République Française (I.S.L.R.F) est un établissement d’enseignement supérieur associatif qui a été créé en 1997 par quatre réseaux d’écoles en langue dites régionales :
BREIZH/BRETAGNE : SKOLIOU DIWAN/ ÉCOLES DIWAN qui, en 2015-2016,scolarisent 4097 élèves de la maternelle à la terminale dans 53 établissements gérés par l’association Diwan Breizh (dont 46 écoles maternelles et élémentaires, 6 collèges et 1 lycée).
CATALUNYA/CATALOGNE : ESCOLES LA BRESSOLA/ ÉCOLES LA BRESSOLA qui, en 2015-2016, scolarisent 989 élèves de la maternelle au collège dans 7 établissements gérés par l’association La Bressola (dont 6 écoles maternelles et élémentaires et 1 collège).
EUSKAL HERRIA/PAYS BASQUE : SEASKA/ ÉCOLES IKASTOLA qui, en 2015-2016, scolarisent 3389 élèves de la maternelle à la terminale dans 34 établissements gérés par l’association SEASKA (dont 30 écoles maternelles et élémentaires, 3 collèges et 1 lycée).
OCCITÀNIA/OCCITANIE : ESCÒLAS CALANDRETA/ ÉCOLES CALANDRETA qui, en 2015-2016, scolarisent 3614 élèves de la maternelle au collège dans 65 établissements gérés par l’association Confederacion occitana de las escòlas laïcas Calandreta (dont 62 écoles maternelles et élémentaires et 3 collèges).
Un cinquième réseau l’a rejoint peu après :
ELSASS MOSEL/ALSACE MOSELLE :ABCM-ZWEISPRACHIGKEIT SCHULE/ÉCOLES ABCM-ZWEISPRACHIGKEIT qui, en 2015-2016, scolarisent 1251 élèves de maternelle et primaire dans 11 établissements gérés par l’association ABCM-ZWEISPRACHIGKEIT (dont 3 écoles maternelles et 8 écoles maternelles et élémentaires).

 

Siège social :
Institut Supérieur des Langues de la République Française, Maison de la vie associative . boîte 116 . 15 rue du Général Margueritte 34500 Béziers. tel 04 67 28 75 35 . fax 04 67 28 75 39 . islrf@aprene.org
Son numéro national d’identification est 034 1986Z – Arrêté du 25.11.1996

L’I.S.L.R.F est un établissement d’enseignement supérieur organisé en tête de réseau de cinq centres de formation, un pour chaque langue régionale représentée en son sein. L’action de formation de l’ISLRF concerne jusqu’à quarante inspections académiques et treize rectorats :
– Strasbourg pour l’alsacien et Nancy/Metz pour le mosellan ;
– Montpellier pour le catalan ;
– Limoges, Clermont-Ferrand, Bordeaux, Toulouse, Montpellier, Lyon, Aix-Marseille et Nice pour l’occitan ;
– Rennes, Nantes et Paris pour le breton ;
– Bordeaux pour le basque.

L’I.S.L.R.F propose cinq formations linguistiques différentes. Elles sont décentralisées dans les territoires où ces langues sont parlées et sont confiées aux centres affiliés.

L’I.S.L.R.F forme des enseignants capables de conduire un enseignement en immersion en langue régionale afin d’accompagner toute une population scolaire vers une véritable compétence linguistique active, tout en leur apportant les compétences prévues par le Code de l’éducation.

Pour répondre à ces besoins de formations, l’ISLRF propose une voie vers un Master des Métiers de l’Enseignement, de l’Éducation et de la Formation (MEEF) pour chaque langue représentée en son sein.
L’ISLRF privilégie le conventionnement d’un parcours « Enseignement en langues régionales en immersion » (ELRI).

Cette diversité géographique impose à l’ISLRF d’assurer et d’organiser des formations pédagogiques en différents points du territoire. Ainsi les établissements affiliés à l’ISLRF prennent en charge les cours, travaux dirigés et évaluations qui leur incombent :

 

APRENE, Establiment d’Ensenhament Superior Occitan, 15 rue Général Margueritte – MVA 116 – 34500 Besièrs/BÉZIERS
04 67 28 75 36 – aprene@aprene.orghttp://aprene.org N° répertoire national établissements : 034 2007X

KELENN, Centre de formation personnels Diwan , 3, straed/rue de Vendée, 29000 Kemper/QUIMPER
02 98 95 55 99 – kelenn2@wanadoo.fr N° centre de formation : 53290562229

C.F.P.C., Centre de Formació Professional Català, Carrer/rue Nature, 66000 Perpinyà/PERPIGNAN
04 68 66 50 01 – cfpcatala@gmail.com

SEASKA, Centre de Formation Pédagogique, Nere Pentzea – route de la Pouponnière, 64250 Kanbo/CAMBO LES BAINS
05 59 52 49 24 – seaska@ikastola.net

USBELDUNG, Centre de Formation Pédagogique, 79 rue d’Ohlungen, 67590 Schweighouse sur Moder
03 88 72 60 37 – usbeldung@abcmzwei.eu

 

Le conseil d’Administration et la gouvernance :

Président : Monsieur Jean-louis Blénet, Président de la Confédération des écoles occitanes Calandreta.

Vice-Présidents :
Monsieur Paxkal Indo, Président des Ikastolak basques de la fédération Seaska.
Madame Karine Sarbacher, Présidente des écoles alsaciennes ABCM-Zweisprachigkeit.

Secrétaire : Monsieur Serge Guégo, Président des écoles bretonnes Diwan.

Trésorier : Monsieur Miquel Mayol, vice-président des écoles catalanes Bressola.

Directeur : Monsieur Philippe Hammel.

 

Quelques dates :

1992. Les écoles en basque gérées par l’association SEASKA, les écoles en catalan La BRESSOLA, les écoles en breton DIWAN, les écoles en occitan CALANDRETA sont des écoles de fait, sans statut juridique précis depuis respectivement 1969, 1976, 1977 et 1979.

1993. Signature d’un protocole d’accord avec Monsieur le Ministre d’État, Ministre de l’Éducation Nationale leur permettant d’accéder à un statut d’écoles privées sous contrat.

1996. Les écoles basques, catalanes, bretonnes, occitanes1 fondent ensemble l’Institut Supérieur des Langues Régionales de la République Française.

1997. Signature de la première convention entre Monsieur le Ministre de l’Éducation Nationale et l’Institut Supérieur des Langues Régionales de la République Française.

2011. Signature de la seconde convention entre le Ministère de l’Éducation, de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche et l’Institut Supérieur des Langues de la République Française.

Quelques données chiffrées :

Évolution des effectifs scolarisés dans les établissements affiliés à l’ISLRF en 2015-16
(depuis la création de l’Institut lors de la rentrée universitaire 1997-1998)

Quelques données en chiffre

 

Évolution du nombre d’établissements régulièrement ouverts et déclarés qui sont affiliés à l’ISLRF
(depuis la création de l’Institut lors de la rentrée universitaire 1997-1998).

Quelques données en chiffre 2

 

L’ISLRF : lieu ressource

Dans le cadre de la première convention l’ I.S.L.R.F a formé 631 étudiants et permis la titularisation de 250 professeurs d’écoles issus du CRPE.

En 2015-2016 l’I.S.L.R.F propose quatre formations aux étudiants :

Une formation Master 1 professionnel des métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation en partenariat avec les ESPE (Écoles supérieures du Professorat et de l’Éducation) d’Aquitaine et de Bretagne.
Une formation Master 2 professionnel des métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation en partenariat avec les ESPE (Écoles supérieures du Professorat et de l’Éducation) d’Aquitaine, de Bretagne et de Clermont d’Auvergne.
Une formation spécifique à l’année post-concours.
Des préparations aux épreuves des concours pour les futurs enseignants (ou, à distance, pour certains enseignants assurant un service).

19 ans d’élaborations communes

L’I.S.L.R.F a fait la preuve de son efficacité et de sa robustesse en tant qu’institution de formation partagée par des établissements scolaires de diverses langues et cultures qui s’associent pour mieux coopérer.

Une maquette de MASTER

Adoptée au mois de février 2010 par son Assemblée Générale, une maquette de master très précisément adaptée au cahier des charges de l’I.S.L.R.F est un outil de travail permettant d’étalonner les points de convergences et les complémentarités avec toute autre maquette de Master universitaire.

Singularités de l’établissement dans son contexte particulier

L’I.S.L.R.F est un établissement singulier et probablement unique. Il rassemble en un même point six langues de travail et contribue à faire exister cinq bilinguismes différents.
Malgré nos recherches, nous n’avons pas identifié d’équivalent en Europe.
Cet établissement propose un lieu riche en diversité linguistique et culturelle qui permettrait de mener d’importantes recherches dans le domaine des acquisitions linguistiques scolaires bilingues et plurilingues.

Le fait que les cinq bilinguismes soient construits autour du français comme langue pivot invite les chercheurs à investiguer sur les facteurs de variance dans l’installation de compétences bilingues. L’éventail ouvert des langues et cultures concernées2 devrait permettre à la recherche de progresser dans la mise en évidence des conditions favorables à la réussite des élèves vivant l’immersion.

Par ailleurs, les enjeux de l’accès des élèves au bilinguisme puis au plurilinguisme par l’action des systèmes éducatifs ont été vigoureusement rappelés par l’Union Européenne en 2001.

Le conseil scientifique de l’I.S.L.R.F

Dès sa création, l‘I.S.L.R.F a installé un Conseil Scientifique composé de deux délégués des Conseils scientifiques de chaque langue partie prenante de l’ISLRF.

Il inscrit son action dans le cadre d’un système éducatif en pleine mutation. Il a pour tâche :
– de conseiller les responsables de l’établissement au cours des étapes de cette mutation, en veillant à ce que la qualité des formations proposées continue à progresser.
– de piloter un réseau de chercheurs et d’établir un programme pluriannuel de recherche. Les pratiques collectives de recherche s’organiseront autour d’un champ principal : l’étude de l’immersion prise dans une perspective comparative. Ces études impliqueront particulièrement deux domaines scientifiques :
. la linguistique (linguistique formelle, socio-linguistique, psycho-linguistique etc.)
. la recherche éducative (didactique, pédagogie, histoire de l’éducation, sociologie de l’éducation etc.)

Les colloques de l’I.S.L.R.F 

L’I.S.L.R.F a souhaité mobiliser des moyens pour documenter un effort de recherche dans le domaine de l’acquisition du bilinguisme et du plurilinguisme en milieu scolaire.
Il a donc organisé, en partenariat avec chacun de réseaux d’écoles affiliées, une série de colloques réunissant chercheurs et praticiens :
14 et 15 mars 2003 à Perpignan (Perpinyà)
« L’enfant en immersion ».
Actes publiés en 2003 par l’ISLRF en partenariat avec la Bibliothèque des nouveaux cahiers d’allemand.
14, 15, 16 avril 2005 à Biarritz (Miarritzen)
« L’apport de l’immersion dans la construction de la citoyenneté européenne ».
Actes publiés en 2005 par Seaska.
2 et 3 novembre 2007 à Landerneau (Landerne)
« L’immersion, une réussite ».
Actes encore non publiés.
22 et 23 octobre 2010 à Mulhouse (Mülhausen)
« S’Sproochbàd – Le bain linguistique ».
Actes encore non publiés.
5, 6 et 7 avril 2013 à La Grande Motte (Lo Motàs) dans l’Hérault en Occitanie.
« Immersion, pédagogie et nouvelles technologies ».

En préparation : 18 et 19 mars 2016 à Perpignan (Perpinyà)
« Méthodes, pratiques et raisons du bilinguisme par immersion »

***

Objectifs

Ce colloque a pour origine un constat, et surtout sa méconnaissance quasi-totale au sein du champ éducatif français.
Ce constat est le suivant : il existe un réseau d’écoles bilingues immersives, dans les langues basque, bretonne, catalane, occitane et alsacienne ; ce réseau constitue depuis plusieurs décennies le mouvement le plus innovant en matière d’apprentissage plurilingue et pluriculturel ; depuis 1996, il est institutionnellement structuré au sein de l’Institut supérieur des langues de la République française, organisme unique à l’échelle de l’Europe regroupant cinq bilinguismes autour d’une finalité commune : l’enseignement des langues et des cultures.

On assiste aujourd’hui, en France, à un regain d’intérêt du « bilinguisme » et du « plurilinguisme », sans doute en grande partie dû aux travaux du Conseil de l’Europe ; nombre de maquettes institutionnelles de formation, de grands axes de programmes éducatifs et de domaine de recherche en font état, ou usage. On ne peut que se réjouir d’un tel intérêt pour cette dimension éducative si minorée, voire décriée en France depuis longtemps alors qu’elle fait l’objet de soins institutionnels et scientifiques des plus poussés dans nombre d’autres cultures éducatives de l’OCDE et plus généralement sur tous les continents.

On peut d’autant plus s’en réjouir que les mouvements rassemblés dans l’ISLRF pourraient espérer voir enfin reconnus, comme objets dignes d’étude, d’échange et de formation, leurs efforts, leurs expériences, la mise au point de leurs outils pratiques et théoriques.

Toutefois, cet enthousiasme doit être modéré.
Les notions de bilinguisme et (donc ?) de plurilinguisme ne sauraient se réduire à l’apprentissage de plusieurs langues, par des séances isolées, juxtaposées et homéopathiques, dans le cadre de programmes de l’école élémentaire déjà si saturés par ailleurs d’injonctions et de recommandations des plus diverses, et souvent contradictoires.
La notion d’immersion doit donc elle aussi être repensée avec la même exigence de sérieux. Sur cette notion commence à régner un certain désordre de la pensée (niveaux d’immersion très variés tous également labellisés). Plus graves, on constate certaines récupérations et même des détournements de sens qui entretiennent la confusion. Il nous semble urgent de clarifier le sens du mot « immersion » dans le domaine éducatif.
Dans la réalité, le label « immersion » recouvre des degrés d’immersion linguistique en réalité très divers, et parfois très douteux. Qu’en est-il, par exemple, de la réalité de l’input des élèves — ou des étudiants ? Comment se positionner, autre exemple, par rapport à la précocité de l’immersion ?
Enfin, s’agit-il de ne regarder que la question linguistique et culturelle, sans questionner le devenir des autres dimensions qui font de la classe un monde complexe, vivant et interdépendant ? Anthropologiquement autant que pédagogiquement, une telle réduction peut induire la ruine de tout projet éducatif bilingue immersif sérieux.
Il n’est pas question d’entrer dans la logique perverse qui consisterait à durcir les critères d’évaluation et de labellisation d’une telle notion, mais de savoir tout simplement sérieusement ce que recouvre une telle appellation. Un abord multidisciplinaire est nécessaire : de la part des sciences du langage (psycholinguistique, sociolinguistique, ethnolinguistique, second language acquisition, etc.) et des sciences de l’éducation (études disciplinaires, abords didactiques et abords pédagogiques). C’est à cet ensemble de disciplines que ce colloque ouvre ses portes.

Une profonde réflexion pédagogique, linguistique et anthropologique doit avoir lieu sur la place et la fonction des langues qui, d’objet d’apprentissage disciplinaires isolées, doivent advenir au rang de milieu linguistique communicationnel riche et d’objet de travail intellectuel, cognitif et sensible de la part des élèves et des enseignants, qui en sont les usagers véritables.
C’est à une telle tâche que nous invitons les personnes porteuses d’une recherche, d’une pratique, d’une interrogation autour des questions ici soulevées. Ce colloque aura donc pour souci d’ouvrir les communications autant à des enseignants du primaire et du secondaire qu’à des enseignants-chercheurs du champ académique.

Cet empan thématique, on le voit, s’ancre dans des questions précises, parce qu’urgentes, pour nos écoles, et pour l’éducation en général. Une telle conscience semble ne pas avoir progressé avec la même rapidité en France que dans d’autres pays, européens, mais aussi occidentaux, africains, asiatiques et sud-américains. Quelles en sont les raisons, tant institutionnelles, politiques, que culturelles, linguistiques ?
Une telle mise à la question ne se veut pas franco-centrée, et souhaite au contraire instaurer un dialogue avec les aires géographiques et culturelles où ces interrogations sont, depuis longtemps, porteuses de réponses théoriques, pratiques et politiques.
Une telle ouverture géographique ne saurait éviter de se conjuguer sur le planépistémologique. Ainsi, autant les piliers scientifiques premiers de l’ISLRF sont d’ordre psycholinguistique et pédagogique, autant nous souhaitons ouvrir les portes de ce colloque à d’autres domaines, relevant des sciences du langage (sociolinguistique, ethnolinguistique, etc.), des sciences de l’éducation, et enfin des sciences humaines en général, de l’anthropologie et de la sociologie à la psychologie développementale et de la cognition.
À cette condition, sera-t-il peut-être possible de repenser, aussi, le concept de « nation ». Étant donné d’une part que, comme l’a compris par exemple plusieurs pays sud-américains au sujet de la revendication des langues indigènes, ce qui définit une nation, c’est une langue, et que parler de « langue régionale » n’est, dans le meilleur des cas, qu’une facilité de langage, voire de pensée — ruineuse dès lors qu’il s’agit d’arraisonner le réel à un tel schématisme. Étant donné, d’autre part, que si l’échelle nationale est importante à nombre d’égard, la dimension internationale est, dans les faits, l’échelle à laquelle ont toujours travaillé les classes et les mouvements éducatifs réunis dans l’ISLRF : nul bilinguisme qui ne soit en profondeur ouverture au multilinguisme ; nulle transmission culturelle qui ne soit aussi ouverture à d’autres paysages culturels.

Enfin, ce n’est pas seulement sur le plan des contenus de connaissance scientifique ou d’acquisition, que nous souhaitons ouvrir les débats, mais sur les méthodes.
Méthodes pédagogiques et d’apprentissage dans les écoles, bien sûr, mais également méthodes de recherche et d’établissement d’un savoir scientifiqueayant le quotidien de nos classes pour « objet » : à quelles conditions, selon quelle éthique dans le rapport du chercheur à son terrain, et selon quelles distinctions entre un chercheur, un enseignant (et un élève…) ? De la maternelle jusqu’à l’université, qu’est-ce qu’un sujet chercheur, qui cherche à savoir, qui cherche à articuler un langage et un discours ?
De façon plus précise, plusieurs épistémologies peuvent se croiser, et parfois être dans un rapport de divergence, de complémentarité, voire de conflit : approche positiviste ou non, approche quantitative ou qualitative, statistique ou clinique, etc. De ce champ naissent des rapports de force. Ces rapports de force doivent devenir source de vie réelle dans le champ éducatif, et non lutte de pouvoir symbolique ou académique. C’est aussi à cela que ce colloque souhaite contribuer.

Une telle ouverture peut avoir de quoi surprendre qui ne connaît pas la réalité, théorique et pratique, des lieux éducatifs et culturels regroupés au sein de l’ISLRF. Les postulats et revendications de l’ISLRF peuvent également faire l’objet d’une remise en question argumentée. Ces lignes de tension, parfois de polémique, doivent pouvoir se dire, s’assumer, se donner à lire dans toutes leurs raisons.
Pour ces raisons, ce colloque se veut structuré autour de deux types d’interventions.
D’une part, il s’agit de donner la parole aux praticiens, et en particulier aux cohortes d’enseignants ayant produit des mémoires de recherche dans le cadre des quatre années fertiles du Mastère Meef-EBI (Métiers de l’éducation, de l’enseignement et de la formation — parcours Enseignement bilingue immersif), co-dirigé par l’Icress, de l’Université de Perpignan-Via Domitia, et l’ISLRF. Une telle production témoigne d’une richesse pratique et de son articulation en un discours académique qu’il faut à présent publiciser, ouvrir à d’autres regards, à d’autres analyses. Un champ d’une ampleur souvent insoupçonnée a été défriché, modélisé, établi, interprété, théorisé : quelles sont les perspectives, les limites et les fertilités d’un tel patrimoine ?
D’autre part, il s’agit donc de tenir compte, plus que jamais, de regards, lectures, interprétations et analyses provenant des horizons les plus variés, les plus « étrangers » à nos classes : chercheurs, spécialistes d’autres domaines, etc. : par cette multiplicité de points de vue, toujours fertile, doit en permanence être relancée la réflexion théorique et pratique.
Enfin, et surtout, cette ouverture et ce croisement des regards doit avant tout être revendiquée « à usage interne » à l’ISLRF. Il nous semble capital de confirmer les liens entre les différentes écoles de notre réseau, et de favoriser à cet égard les regards croisés entre nos aires linguistiques. De tels travaux de comparaison seront à coup sûr tout à fait « fertilisants ». Aussi, nous ouvrons un atelier consacré à « la place des autres langues dans nos écoles » : autres langues au sein de notre réseau, mais aussi au-delà. Comment ces langues interviennent-elles, quelle est leur place ?

Ainsi, l’horizon d’un tel colloque, multiple et transdisciplinaire, peut-il aussi poursuivre une réflexion de fond, concernant la philosophie et la pratique de la formation enseignante, initiale et continue, dont on sait les carences actuelles en ce qui concerne le bilinguisme immersif.